Il vient d’avoir 90 ans, et il est toujours fidèle au poste, du mercredi au vendredi, et le dimanche matin, messe de 9h, dans son rôle de sacristain. La semaine, il est souvent là vers 7h (parfois plus tôt!) pour déverrouiller l’église, préparer tout ce dont j’ai besoin pour faire la messe, allumer le système de son et les lumières, le temps venu, etc. Il s’appelle André Poirier. Droit comme un ‘i’, toujours assis dans les premiers bancs de l’allée centrale, d’où il anime aussi le chapelet avant les messes de semaine. Je lui ai aussi donné l’autorisation d’exposer le Saint-Sacrement sur l’autel, advenant que je ne sois pas encore arrivé à 8h pile.
Et son engagement ne date pas d’hier! M. Poirier était déjà en service quand je suis arrivé ici, comme curé des deux paroisses, il y a 14 ans! Il oeuvrait déjà à Ste-Germaine-Cousin, avant même que l’église ferme, et il a continué de le faire lorsque nous vivions nos célébrations dans la salle ronde (jusqu’à ce que des voleurs, qui ont tout pris, y compris la tuyauterie et les fils électriques, précipitent l’abandon de ce lieu). À ce sujet, je me rappellerai toujours un certain matin d’août… André –arrivé le premier- m’attendait à l’extérieur de la salle (Notre-Dame et 53e ave.), livide, pour me dire : ‘M. le curé, le pire qu’on craignait est arrivé!’ Quand je suis entré dans le lieu, dévasté, vidé, profané, ce fut pour moi un grand choc et une grande peine. Courageusement –les marguilliers demeurant sur place pour le rapport de police- je suis parti, précédé de M. Poirier, vers l’église de Sainte-Maria-Goretti, pour faire la messe. Toutes ces voitures qui se suivaient sur la rue Notre-Dame… cela ressemblait à un cortège funèbre. Les quelques minutes de transit m’ont permis de pleurer un peu mon chagrin et, rendus ici, le cœur dans l’eau, nous avons tout de même réussi à vivre notre eucharistie dominicale sereinement. Les gens de Ste-Maria-Goretti nous ont accueillis avec compassion et délicatesse. Peu de temps après, l’église de Ste-Germaine-Cousin a été vendue, et les deux communautés ont officiellement fusionné (c’est du travail, tout ça, pas facile et épuisant, je peux vous le dire!) Mon sacristain n’est jamais reparti d’ici.
Je sais qu’André accomplit son service par amour pour le Bon Dieu et son Église. Mais il ne fait pas de grands discours à ce sujet : il agit. Fidèlement. Avec persévérance. Même lors du décès de sa bien-aimée épouse, Gilberte, il a tenu à continuer son implication. Je lui suggère de rester à la maison (il demeure près de son ancienne église SGC) si la météo est défavorable –et c’est arrivé souvent, cet hiver, que le temps était vraiment exécrable. Mais il me répond qu’il est un homme de devoir, et que tant qu’il sera capable, il restera en poste. On comprend qu’il aime vraiment ce qu’il fait et qu’il est heureux quand il se tient près de son Seigneur, dans cette oasis de paix qu’est notre lieu de culte. André me fait penser à Syméon et à la prophétesse Anne qui, dans leur grand âge, se tenaient régulièrement dans le Temple, nous disent les saintes Écritures. Édifiant! Je saisis aussi que M. Poirier se sent utile dans sa tâche et dans sa communauté, et n’est-ce pas quelque chose de très important pour garder le moral quand on avance en âge? Tant que la santé le permet, rester actif et impliqué demeure source de joie.
Saviez-vous que M. Poirier fait aussi chaque semaine du bénévolat à François-Séguenot? Plus, il y fait des célébrations de la Parole quand l’aumônier est en vacances! Ce n’est pas tout : après les messes dominicales de 9h, André me demande de le bénir (il porte alors la custode remplie d’hosties consacrées), parce qu’il s’en va partager la Parole et Jésus-Eucharistie dans une autre Résidence d’aînés! 90 ans, vous avez dit? Un ‘monument’. Un ‘roc’.
Au nom de tous ceux qui bénéficient de votre générosité, et en mon nom personnel, merci M. Poirier. Santé et longue vie! Bénédiction spéciale. Puisse votre exemple inciter beaucoup de baptisés à répondre aux appels du Seigneur, et à développer le même esprit de service et d’engagement fidèle.