Non, pas Buckingham au Royaume-Uni, mais dans l’Outaouais. Et je ne parle pas du château de la Reine, mais d’un endroit appartenant plutôt au Roi des Rois, dans un Royaume sans frontières. En fait, il s’agit de la petite poustinia, le petit ermitage que j’ai découvert, avec quatre autres séminaristes, il y a de cela plus de trois décennies. Au Grand Séminaire, on nous avait proposé de vivre cette retraite de quatre jours dans de toutes petites cabanes, situées dans la forêt. À l’époque, c’était une œuvre naissante, des Eudistes, appelée ‘Champboisé’. Vous devriez être capables de retrouver ça sur internet.
Que de bonheur et de paix dans ma maisonnette de la grandeur d’un gros cabanon (il y en avait plusieurs, pas trop éloignés les uns des autres, mais juste assez.) À l’intérieur : un petit poêle à bois, un lit, une chaise et une table. Pas d’électricité, évidemment, ni sur le terrain autour, ni dans la poustinia. Une lampe à l’huile, une poêle, une bouilloire à mettre sur le poêle et quelques chaudrons répondaient à nos besoins de base. Ma fenêtre donnant sur l’Ouest, j’ai pu goûter de magnifiques couchers de soleil en ce superbe début de printemps dont nous bénéficiions. Que dire du ciel étoilé! Moi qui ai toujours été un grand amant de la nature, j’étais comblé. Et ce silence, si total, si plein. Une solitude ainsi choisie n’est pas du tout lourde à porter. Elle est thérapeutique. Elle favorise les conditions propices à la rencontre avec Dieu et avec soi.
Les toilettes se situaient dans la bâtisse principale, en contrebas, endroit où nous pouvions prendre notre douche, obtenir aussi notre bois de chauffage, nos légumes frais (pas de viande! Je me suis fait de bonnes soupes aux légumes, sur le petit poêle à bois), du pain, des œufs, du beurre et du lait, des épices. Une ou deux fois par jour (c’était facultatif), nous pouvions ensemble rencontrer un prêtre pour une relecture de l’expérience, la messe et un enseignement spirituel. Les poustinias étant situées en flanc de montagne, nous vivions effectivement comme un ‘Thabor’ et redescendions ensuite dans la plaine pour bien cerner, avec notre guide, ce que nous étions en train de vivre. On ne vit pas ainsi pendant quatre jours sans que ça ait un impact important sur nous. En bons séminaristes, nous priions –seuls– tous les offices prescrits, mais au cœur de cette intériorité intense ma pensée s’envolait souvent puisque une kyrielle de choses ‘remontaient’ dans mon cœur et dans mon esprit; des pensées réjouissantes, mais aussi de vieilles blessures de la mémoire, que je déposais immédiatement dans le cœur de Dieu, pour l’apaisement et la guérison. Comme nous étions alors en sérieux discernement vocationnel, nous avions une démarche à faire : celle d’être disponibles, prioritairement à l’écoute profonde du Seigneur afin qu’il nous conduise où il le voulait.
Je me rappelle un moment très fort de contemplation : j’avais pris une assez longue marche dans les sentiers. Je suis arrivé à un ruisseau qui commençait à dégeler. Je suis resté debout devant cette beauté visuelle et sonore, le soleil me réchauffant délicatement le visage et le corps. La louange jaillissait spontanément de mon cœur, parfois vocalement et musicalement. Après un certain moment, j’ai réalisé que le soleil avait beaucoup baissé et que l’air devenait plus froid : il était temps de rentrer dans mon ‘palais’ bien-aimé. J’ai regardé ma montre : il y avait deux heures que j’étais là, debout, immobile, complètement absorbé dans ce moment à saveur d’éternité. J’avais littéralement été ‘ravi’, comme dans une extase spirituelle, sobre et simple, mais pas moins marquante pour la suite de mon cheminement. Ça m’a fait une fois de plus penser à Jésus à sa Transfiguration.
Vous pouvez vivre ce genre de retraite en ermitage à Buckingham, bien sûr, ou à ‘Versant-la-Noël’ (près de Thetford-Mines) mais aussi à cinq minutes d’ici, au bord de la rivière, chez les Recluses Missionnaires, au 12050 boulevard Gouin Est (RDP) ! C’est vraiment quelque chose à vivre au moins une fois dans sa vie ! Je vous le souhaite.