J’ai déjà entendu ça. Enfin, on a réussi à se débarrasser du péché! Alors… comment appeler tout ce que nous lisons dans le Journal de Montréal? Destruction de l’environnement et/ou de sa santé, intimidation, vengeance et violence, fraude, vol, mensonge, viol, pédophilie, pornographie infantile et autre, terrorisme, guerre, meurtre, conduite en état d’ébriété, infidélité matrimoniale, drames conjugaux, enlèvement et séquestration, proxénétisme, trafic de drogues, injustice sociale, préjugés et discrimination, et j’en passe… Un jour, un homme m’a dit : le péché, ça n’existe pas. Ce n’est qu’une façon maladroite de chercher son bonheur… Ouais… Parlez-en à des victimes de tout ce que j’ai nommé ci-haut. Ce que l’orgueil peut parfois nous faire penser et dire…

J’aimerais beaucoup que le péché n’existe plus. C’est le but final de la victoire de Jésus dans sa mort/résurrection; ce à quoi vise le Seigneur quand il travaille, avec nous, à établir son Règne. Mais cela n’est pas encore accompli, loin de là. Le péché existe. Pas toujours aussi gros et évident que les choses nommées ci-haut peut-être, mais il existe et fait des ravages. Il s’insinue subtilement dans nos vies, nos âmes, nos esprits, nos corps. Particulièrement pour un chrétien, il est manquement à l’amour, à la foi,  à l’espérance. Il est résistance à ce que notre conscience –formée et éclairée par l’Évangile- nous souffle de faire. Il est surdité par rapport à ce que l’Esprit Saint nous fait saisir. Il est refus d’accomplir la volonté de Dieu. Il est omission et indifférence devant les appels de Dieu à bâtir avec lui un monde meilleur où tous ont droit au bonheur, à leur part du gâteau, à la paix, à l’épanouissement, à la dignité. Il est manquement à l’Alliance divine, c’est-à-dire aux engagements reliés à notre baptême, à notre part du ‘contrat’ signé dans le Sang de Jésus. Nous péchons envers Dieu, envers l’autre et envers nous-mêmes. Voilà un fait qu’il serait très dangereux de réfuter.

Reconnaître cette vérité et cette réalité nous ouvre heureusement à la Grâce, toujours disponible, quelle que soit la teneur de notre faute. Loin de nous plonger dans les ténèbres sans issue, pour un chrétien cet aveu vécu dans l’humilité lui trace le chemin de la conversion et du salut et lui donne accès à toutes les ressources du Cœur divin. Celles-ci sont gratuites, infinies et inépuisables. Elles nous permettent de nous bâtir une existence lumineuse, joyeuse, dans laquelle nous pouvons nous réaliser pleinement sous le regard bienveillant de Dieu. Par le sacrement du Pardon que nous pourrons recevoir ce week-end, le Seigneur vient au secours de notre faiblesse, de nos limites et de nos blessures profondes pour nous guérir, nous libérer, nous soulager et nous relancer. Nous avons alors ‘un pied’ dans la vie de béatitude éternelle promise. Nous goûtons par avance la plénitude de la communion céleste!

Je vous avoue que je n’aime pas du tout –et c’est le cas de presque tous les prêtres- cette notion de ‘pénitence’ dont nous parlions autrefois dans le sacrement du Pardon et qui sonnait plutôt comme ‘punition’ reliée à l’offense (et plus ou moins grosse selon l’offense). Parlons plutôt de réparation et d’action de grâces; parlons de renouveau spirituel et de ferme propos de nous laisser convertir encore et encore par l’action de Dieu en nous (sanctification). Je pense que cela correspond davantage au sens profond du Sacrement offert par l’Église, à la pédagogie de Jésus et à une foi adulte. La Miséricorde nous relève, nous restaure et nous ressuscite. Elle ne nous centre pas sur notre péché, sur la culpabilité ou la punition. Elle fait justement l’inverse : elle nous sort du piège de l’auto-flagellation pour tourner notre regard vers celui qui nous sort ‘de la fosse’. Avec confiance et gratitude!