Dans ma jeunesse, au Jour de l’An –et durant tout le mois de janvier- on se souhaitait une Bonne Année et ‘le Paradis à la fin de nos jours!’ À l’époque, on installait nos décorations de Noël vers le 15 décembre (les cantiques à la radio commençaient à se faire entendre seulement le 8 décembre, journée fériée de l’Immaculée Conception), et, avant la grande réforme universelle (en lien avec le concile Vatican II), le temps liturgique de Noël s’achevait le 2 février, avec la célébration de la Chandeleur.

Autres temps, autres mœurs…  Comme la ‘saison des Fêtes’ commence maintenant très tôt –le commerce en ayant décidé ainsi-  elle se termine abruptement le 2 janvier, pour la plupart des gens. J’ai déjà vu des gens démonter leur décor de Noël le 26 décembre parce que, me disait le papa, ‘on est écoeurés de les voir, on les a depuis le 4 novembre…’ Et ce n’est pas long qu’on trouve le chocolat de la Saint-Valentin sur les tablettes de magasins… (J’en ai déjà vu avant le Jour de l’An.)

Les vœux du Jour de l’An paraissent donc un peu en retard déjà, à notre époque où tout roule à 100 à l’heure! On passe vite à autre chose. La religion n’assure clairement plus le ‘découpage du temps’ pour la grande majorité de nos contemporains. Mais je me permets quand même ce vœu, en lien avec les souhaits de mon enfance : ‘Oui, le Paradis à la fin de vos jours, mais aussi un peu de Paradis tous les jours!’ J’ai commencé à utiliser cette formulation il y a une vingtaine d’années, et je remarque que, peu à peu, plusieurs ont pris l’habitude de me souhaiter la ‘bonne année’ de cette façon aussi. Ce que j’apprécie vraiment.

Parce que je crois que le Paradis n’est pas seulement à la fin de nos jours, mais à tous les jours. Pas dans la plénitude promise, bien sûr, mais partiellement, comme un avant-goût! Parce que Jésus est notre Paradis. Et il a promis sa Présence quotidienne à qui veut bien l’accueillir. Voilà tout. Chaque fois que je me branche sur le Seigneur, qui m’habite, me nourrit, me dynamise, m’oriente, me sanctifie, m’apaise, me donne de grandir humainement et spirituellement, je suis au Paradis. Je suis au Ciel, quelles que soient les circonstances extérieures. Le Paradis, c’est Dieu, le Père, révélé par Christ et par le Saint Esprit que nous donne notre Seigneur. Qu’on soit dans l’indigence ou la richesse, la santé ou la maladie, le succès ou l’échec, la peine ou l’allégresse, le Paradis est à notre portée, éminemment accessible depuis que le Christ est mort et ressuscité pour nous.

On parle parfois de ‘paradis artificiel’ quand on traite de l’effet des drogues sur l’être humain. Il s’agit plutôt d’un ‘enfer artificiel’, effet secondaire de toutes les dépendances, d’ailleurs. Ce que Dieu nous propose et nous offre gracieusement, ce n’est pas une ‘évasion’ de la réalité dans des plaisirs ‘planants’, des émotions de plus en plus fortes et débridées ou des sports extrêmes où l’adrénaline est au maximum! Attention aux mirages… Ce qu’il nous offre gratuitement, c’est la plongée saine, sereine, lucide et courageuse dans la réalité telle qu’elle se présente à nous, prise à bras corps, avec la conviction que Dieu s’y trouve, qu’il nous y accompagne, et que c’est le lieu de notre plus grand épanouissement, dans l’ordinaire des jours, plus extraordinaire qu’on le croit. Ne cherchons pas ailleurs. Ne cherchons pas au loin. Ne passons pas à côté du vrai bonheur.