Je viens de voir la vidéo de ce jeune garçon américain qui pleure à chaudes larmes devant la caméra (que tient sa mère) pour dénoncer son ras-le-bol de l’intimidation qu’il subit à l’école. Il ne peut rester à dîner à l’école, il n’en peut plus. Il a peur. Ça m’émeut profondément… parce que j’ai passé par là… et tout au long de mon Primaire, comme plusieurs d’entre vous, sans doute.

Que de douleurs psychologiques et physiques j’ai endurées dans cette petite école, que j’aimais pourtant fréquenter, la peur au ventre lors de mon arrivée dans la cour de récréation, lors de celles-ci, et à la sortie des classes où, pour aucune raison, les durs de l’école promettaient de me ‘planter’. Et ils l’ont souvent fait.

Il ne s’agit pas ici de jeter le blâme sur quiconque en particulier. Pour moi, le but de ce texte est d’exprimer qu’effectivement ce genre de situation peut conduire à des complexes profonds dont il est difficile de se débarrasser, et même à des pensées suicidaires. Je ne sais pas comment j’ai fait pour continuer d’aller à l’école, l’anxiété m’étouffant littéralement chaque fois que j’approchais de celle-ci. Savez-vous quoi? De ma première à ma sixième année, je me suis absenté au moins un à deux mois par année, pour cause de bronchites, grippes et autres symptômes de profonds malaises physiques. Vous comprenez pourquoi. Le psyché et le corps étant reliés plus étroitement qu’on peut l’imaginer, la maladie devenait une façon inconsciente de fuir la souffrance de l’école. Je n’arrivais plus à ‘respirer’ dans cette ambiance. J’en avais plein le dos… J’ai fini par croire que j’étais un ‘indésirable’ sur la planète. Je passais pour un ‘grand timide’. Je l’étais sûrement un peu. Mais je crois profondément que ma timidité relevait bien plus de l’intimidation que je vivais à répétition et qui m’amenait à me renfermer dans ma coquille protectrice pour ne plus être blessé. Heureusement, quand j’arrivais à la maison, j’y retrouvais une oasis de compassion, de compréhension et de paix. Je ne dis pas que mes parents étaient parfaits (pas plus que moi, d’ailleurs) et que tout était facile chez-nous (loin de là, certains jours…), mais ça ne pouvait  être pire que ce que je vivais cinq jours par semaine.

La différence avec aujourd’hui, c’est que je laissais en partie cette réalité derrière moi pendant que j’étais à la maison. Mais maintenant, les jeunes doivent souvent subir ce harcèlement, cette persécution, cette démolition de leur estime personnelle même au foyer, en raison de l’invasion des réseaux sociaux qui peuvent être dans certains cas, et c’est dramatique, de nouveaux ‘outils’ dans les mains des intimidateurs (J’espère que parmi ceux-ci il n’y a pas trop de nouveaux Confirmés qui reçoivent l’onction du Saint Esprit et ses sept dons!) Récemment encore, dans l’actualité, on nous présentait des cas d’enfants qui se sont enlevé la vie à cause de ce phénomène difficile à contrôler. Tragédie innommable!

Certes, il n’y a pas de ‘baguette magique’ pour enrayer ce fléau. C’est l’effort persévérant de chacun, particulièrement celui les adultes en autorité, qui contribuera à diminuer celui-ci. Il faudrait travailler à mieux saisir ce qui entraîne ce comportement chez les intimidateurs, malgré la rareté des ressources. L’enrayer complètement? Je ne crois pas. Ce serait utopique d’y croire. On ne peut toutefois rester les bras croisés devant cela et nous résigner à ‘ramasser les pots cassés’ après les faits…

Dans la foi chrétienne, on parle beaucoup d’indulgence et de tolérance, avec raison. Mais à ce sujet, ce doit être tolérance zéro. Il ne s’agit pas de faire subir aux agresseurs ce qu’ils font vivre aux autres; l’Évangile nous met en garde contre le ‘dent pour dent, œil pour œil’ qui ne fait que nourrir la violence. Seul le pardon peut briser ce cercle vicieux et contribuer à la guérison. J’y ai beaucoup travaillé, croyez-moi, à cette guérison de la mémoire du cœur. Mais il faut tout faire pour que les intimidateurs prennent conscience de l’impact grave de leur comportement, qu’on les aide à comprendre la ‘racine du mal’ et qu’il y ait pour eux des conséquences concrètes; la sensibilisation ne suffit pas. Sinon, ils risquent de perpétuer ces attitudes tout au long de leur vie… et de s’auto-détruire, peut-être détruire leur conjoint-e et leur-s enfant-s, sans même comprendre ce qui se passe, et en rejetant la faute sur les autres…