Un autre exemple de ‘réclamation’ qu’on nous fait :  on nous appelle pour demander la Confirmation parce qu’on a été choisi comme parrain ou marraine et que, pour l’être, selon la règle de notre Église, il faut soi-même avoir terminé son initiation à la vie chrétienne (Baptême-Eucharistie-Pardon-Confirmation). Question de logique. Ça prend un Chevalier de Colomb initié pour en parrainer un nouveau, non? Mais voilà qu’on nous sollicite alors que le bébé sera baptisé le mois prochain ou assez prochainement… Problème. La démarche de préparation d’un adulte à un sacrement exige des mois de réflexion, de préparation, de cheminement spirituel… Que faire alors? Certains seront simplement déçus, désorientés, surpris, et prendront le temps de réfléchir avant de nous rappeler, ou non. D’autres pousseront de hauts cris! Plusieurs vont téléphoner dans d’autres paroisses en espérant que les exigences soient moindres. On nous fait des reproches, presque du chantage. J’ai déjà reçu une enveloppe brune pleine d’argent pour que j’accepte de passer outre la procédure habituelle pour un baptême (et faire un baptême privé, parce que, me disait la personne avec un air de mépris, mon petit-fils ne sera pas mêlé à plein de gens qu’on ne connait pas… ). Tout un esprit chrétien! Vous devinez ma réaction (j’espère! Mettons qu’avec moi, cette approche provoquera exactement l’effet contraire de ce que vous souhaitez…) Il arrive aussi qu’on nous dise : ‘Ne soyez pas surpris qu’il n’y ait plus personne à l’église!’.  Ou on nous ‘menace’ d’appeler l’Archevêché… (Surprise! L’Archevêché demande le catéchuménat pour les adultes. Des démarches de plus d’un an, parfois deux… et ceux-ci trouvent que nous ne sommes pas assez exigeants, en paroisse.)

Certains vont dire : ‘On va aller à la Chapelle de la Réparation, alors!’ (Cet argument, on me l’a servi à toutes les sauces depuis que je suis ici, croyez-moi!) Voilà qu’à la Chapelle on leur explique qu’un Sanctuaire, ce n’est pas une paroisse. Ils ne tiennent pas de registres et ce n’est pas leur rôle de faire des baptêmes, des mariages, des premières communions ou des Confirmations.

Les gens ne sont pas méchants, loin de là. Juste ignorants de ce qui se fait en paroisse. À part internet et le babillard communautaire du journal local, nous avons peu de moyens pour faire connaître notre vécu communautaire. Et même si nous avions notre propre canal de télé, les gens nous écouteraient-ils? Souvent, c’est lors d’un besoin ponctuel qu’on fait appel à la communauté chrétienne. Si nous ne sommes pas des participants réguliers à la vie paroissiale, il est normal qu’on ait perdu le fil un petit peu. Loin de nous l’idée de mépriser ou repousser les gens qui nous arrivent ainsi, en ‘sauts de puces’, déconnectés de notre réalité (ou peut-être jamais connectés, surtout depuis que la religion est sortie des écoles), au contraire. Nous comprenons. Je pense que nous pouvons dire qu’ici les gens sont accueillis avec beaucoup de respect et d’écoute; et beaucoup de patience lorsque nécessaire. Généralement, les gens l’apprécient et nous l’expriment. Nous sommes des disciples de l’Amour infini, il ne faut jamais l’oublier, particulièrement quand nous faisons face à des situations conflictuelles.

Comme pasteur, je ne peux qu’espérer que mon monde se rapproche de son Église, de la communauté chrétienne qui vit de si bonnes et belles choses. Nous sommes appelés, avant même qu’il ne soit question des sacrements d’initiation, à désirer une relation vivante et nourrissante avec le Seigneur. Nous sommes faits pour ce lien, cette rencontre avec Dieu. Et de là vient la faim de tout ce qui est offert par l’Église. Nous sommes loin de la mentalité ‘commerce au détail’. Nous sommes plutôt dans l’ordre du cheminement progressif et accompagné, dans l’ordre de la croissance à long terme et d’un vécu fraternel véritable au sein d’une famille spirituelle où les gens se connaissent, ont le goût de se réunir, ont le souci de l’autre, au nom de l’Autre qui nous rassemble dans l’Amour. Nous constatons bien qu’il y a parfois un fossé entre l’offre et la demande. Nous essayons de nous rencontrer au ‘milieu’ sans pour autant faire de compromis sur la richesse de ce que nous avons à partager. Nous avons trop de respect pour nos frères et sœurs humains pour leur proposer une religion ‘à la carte’, encore moins une religion ‘à rabais’…