Au moment où j’écris ces lignes (novembre), je me sens fatigué. Nuit courte. En effet, vers minuit trente, grave accident en face de l’église, dans la bretelle venant du carrefour giratoire vers l’ouest. Une camionnette, venant sans doute trop vite, comme la plupart des voitures circulant devant le presbytère (surtout les soirs et nuits du week-end), a dérapé, frappé le muret de ciment, s’est renversée sur le côté, et dans sa course folle a jeté à terre un lampadaire. Heureusement, pas de blessés graves, et seulement un véhicule impliqué. Un bruit pareil, ça réveille mal. Se rendormir après cela, pas facile. Et croyez-moi, ça n’est pas la première fois qu’un accident important arrive ici…

Ça me dit quelque chose de notre vie en général. Ce que j’entends constamment : ‘Je suis pressé’, ‘Je cours tout le temps’, ‘Je n’ai pas de temps à moi’, ‘Je suis essoufflé’, etc. Le mal du siècle. Je l’avoue, je ne suis pas étranger à ce sentiment… Au cœur de ce concert de voix unanimes, j’entends le murmure respectueux de Dieu qui nous dit : ‘Ralentissez, mes enfants. Sinon vous allez frapper un mur.’ Tellement vrai. Nous voyons de plus en plus d’épuisement professionnel et de dépression reliés au surmenage et au stress élevé et constant.  Apeurant. Interpellant. Pouvons-nous y voir?

J’ai eu soixante ans l’été dernier.  Je ‘roule’ à 150km/h depuis mon adolescence. Je me sens parfois légèrement essoufflé. Mon corps me parle fort, ces temps-ci.  Comme chrétien et comme prêtre, je dois toujours avoir l’attention nécessaire à la volonté de Dieu, la disponibilité qu’il demande à ceux qui décident de le suivre, la flexibilité de l’être afin de vivre l’Évangile à plein. Bien sûr qu’il n’est pas de mise de tomber dans l’égoïsme, l’égocentrisme, l’individualisme, la passivité et l’indifférence, quand on est disciple du Christ, mais est-ce que cela signifie avoir souvent  la ‘langue à terre’ ? Sûrement pas. Jésus lui-même partait à la montagne, au désert, à la mer. Et ce n’était pas pour fuir les gens. Il se ressourçait, se recentrait sur l’essentiel. Il priait son Père, reprenait conscience de sa Source profonde. Pour s’éloigner de l’action, il a dû faire des choix, sans doute déchirants pour lui, homme-Dieu au cœur tellement ouvert et donné ! Mais en même temps, quel extraordinaire équilibre de vie devait avoir notre Sauveur! Comme lui, nous avons donc des choix à faire. Nous ne pouvons être partout à la fois, ni tout faire. Il est impossible pour un seul homme de répondre aux besoins de tous. Cet état de fait appelle le discernement. La première personne à consulter à ce sujet, c’est Dieu, bien évidemment. Il nous a ‘tricotés’, il nous connaît mieux que nous-mêmes, et saura nous conseiller judicieusement. Il nous faudra aussi être à l’écoute de ce que nous expriment nos proches, ceux qui nous aiment et qui voient des choses que nous ne voyons peut-être pas…  Saurons-nous en tenir compte et agir en conséquence… sans culpabilité  ou ‘héroïsme’ orgueilleux?

Il ne s’agit pas d’être moins efficace dans nos différentes vocations  mais de l’être encore plus, sans aucun doute, par une vie de prière et de contemplation plus riche, plus intense, une existence où nous prenons le temps de ‘sentir les roses’ et de retrouver le goût de la vie simple et sobre. Ça peut paraître paradoxal et à contre-courant de la culture ambiante: être plus fructueux en s’activant moins… mais en ‘ÉTANT’ plus… Mystère du projet chrétien…