Quand je respire, j’inspire et j’expire. Ce sont les deux mouvements nécessaires et inconscients qui font que je peux oxygéner mon sang. Spirituellement, la prière et la contemplation sont comme l’inspiration et l’action, l’expiration. Les deux poumons de la vie chrétienne : prière et action, l’un nourrissant et stimulant l’autre constamment. Quand j’inspire (ou laisse l’Esprit m’inspirer) dans la prière, forcément cela m’amène à extérioriser et concrétiser ce que j’ai saisi intérieurement. Ma vie spirituelle, mon branchement sur Dieu, sur mon ‘cœur profond’ où il habite, me conduisent à incarner dans le quotidien ce qui m’habite et m’anime (le mot ‘âme’ signifie justement : ce qui ‘anime’; sans âme, je serais ‘inanimé’).

Tout comme pour la respiration corporelle, les deux mouvements sont vitaux. Je ne pourrais inspirer sans cesse sans jamais expirer. Mes poumons éclateraient, et les déchets ne s’évacueraient pas. Une vie spirituelle où il n’y aurait que la méditation et la prière sans jamais que ça influe sur les attitudes, les choix de vie et les accomplissements palpables, serait une vie spirituelle gravement déséquilibrée. Il peut y avoir des exceptions, comme pour l’ermite qui, suite à un appel particulier de Dieu, vit tout à fait seul. Mais il porte tout de même dans son cœur et sa préoccupation le salut et le bien de ses frères et sœurs en humanité. De même pour les moines et moniales. Ceux-ci vivent cloîtrés physiquement, mais ont le cœur grand ouvert aux problèmes et défis de notre temps, aux aspirations des humains; ils travaillent plusieurs heures par jour, et sont en relation –même si c’est surtout en silence- constante avec leurs consoeurs et confrères et doivent donc appliquer ce qu’ils apprennent de Dieu dans la prière et la liturgie dans le concret de la vie de tous les jours en communauté. Et, on sait, comme Jésus le disait si bien, que tout commence dans le cœur et la pensée personnelle : si on nourrit constamment du ressentiment, on ne pourra porter des fruits de communion. Si le cœur du consacré à Dieu dans la vie contemplative laisse le Seigneur convertir et façonner son cœur, les attitudes et comportements quotidiens refléteront et rayonneront l’Amour divin, la Paix et la Joie, bien au-delà des mots. C’est peut-être pour cela que plusieurs des ermites de l’histoire de l’Église acceptaient gracieusement de recevoir de nombreux visiteurs venant puiser à leur Sagesse.

Lorsque je reçois mon ultime nourriture spirituelle : la Parole de Dieu conjuguée au sacrement de l’Eucharistie, je ne peux qu’avoir l’élan de devenir davantage missionnaire de la Bonne Nouvelle dans la vocation qu’est la mienne. Il me semble que sinon j’étoufferais. Sinon, je trahirais le sens profond de l’intériorité chrétienne. Quand quelqu’un me dit ne plus écouter les nouvelles, je comprends que cela puisse être bouleversant. Mais je ne peux accepter qu’on se dise disciples du Christ et qu’on refuse de regarder en face, courageusement, la vie de nos contemporains, pour la porter dans notre prière et invoquer le Souffle Saint sur l’humanité. Je me méfie d’une vie spirituelle vécue en vase clos, décrochée de la vie ordinaire et des défis de l’existence actuelle. Même les moines lisent les journaux et regardent les nouvelles par ‘devoir d’amour’, nourrissant ainsi leur prière d’intercession. En notre époque, en raison de notre culture, le danger de l’individualisme exacerbé menace le sens profond de la foi chrétienne. Oui, tout ce qui se passe de malsain dans le monde peut devenir déprimant, si on en absorbe trop à la fois. Mais de là à se couper de tout pour vivre une tranquillité ‘artificielle’, il y a une marge. Un beau modèle de grand priant très ancré dans la réalité de l’humanité : notre pape. Lisez ses homélies quotidiennes : il est très au fait de toutes les souffrances comme des joies de ses contemporains, quelle que soit leur religion ou non-religion; cela lui permet d’être réellement pertinent dans ses messages et d’y insuffler l’Espérance chrétienne; voilà un véritable amour aux couleurs de Jésus. Je veux, quand je partirai, pouvoir dire que ma vie spirituelle a contribué à construire un monde meilleur, tant par mon intériorité que par mes engagements concrets pour le bien commun. Je respire mieux, rien qu’à y penser!