Dans mes cours universitaires de bio-éthique, on disait que ‘légaliser quelque chose ne signifie pas que celle-ci est forcément morale… sauf dans la tête des gens’. Effectivement, quand une société décide de légaliser un produit ou un comportement, beaucoup de personnes y perçoivent un message de légitimisation.
C’est peut-être le cas pour la marijuana qui a été légalisée (avec des restrictions, bien sûr), cette semaine.
Mon propos d’aujourd’hui est surtout ceci : ce n’est pas parce que les instances gouvernementales légalisent quelque chose que cela est automatiquement bon pour moi et pour la société. Il peut y avoir derrière ça d’autres intérêts que mon bien personnel et le bien commun. En doutez-vous, en ce qui concerne la mari? D’entrée de jeu, je vous le dis, j’ai toujours été contre cette légalisation. L’argument que cela enlèvera ce gros marché au crime organisé ne me convainc pas… Je ne suis pas ‘inquiet’ pour celui-ci… Il trouvera malheureusement toujours le moyen de s’enrichir avec ça. Et ils offriront d’autres produits, plus forts, plus dangereux. Ce n’est pas ce qui manque en ce bas monde. Je suis assez convaincu que le premier objectif du gouvernement était surtout, tout comme pour les loteries, de s’enrichir vite et facilement. Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec moi, j’exprime une opinion personnelle.
Dans notre monde déjà complexe et souffrant, avions-nous vraiment besoin de cela? En tant que père spirituel, ça m’inquiète, particulièrement pour nos jeunes. Plusieurs spécialistes s’entendent pour dire que le pot pourrait avoir des effets négatifs graves et à long terme sur le cerveau des personnes en croissance, en bas de 21 ans. Dans les hautes instances, on semble faire l’autruche là-dessus… Est-ce parce que le dieu argent séduit davantage que le bien de notre société? Il parait que cette promesse aurait aidé le gouvernement fédéral actuel à prendre le pouvoir… Mais qu’allons-nous récolter comme fruits de cette initiative? Alors qu’on gagne du terrain dans la lutte au tabagisme (au point de faire de la cigarette un ‘tabou’ sociétal) ou à l’alcool et autres dangers relatifs à la conduite automobile, on ouvre, sans scrupules, la porte à cette drogue…
La question de la marijuana n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Notre société change à haute vitesse. La question à se poser, quand on est disciple du Christ, c’est d’abord si ce qui est promu socialement va dans le sens de mes valeurs chrétiennes; est-ce conforme à l’enseignement des Écritures et de l’Église? Ce que je viens de nommer ne semble plus constituer, pour beaucoup, un cadre de référence pertinent. Clairement, je ne peux imposer la vision chrétienne catholique à toute une société. Mais je peux sans doute choisir, sans l’imposer aux autres –qui sont souverainement libres aussi- de vivre ma vie autrement que la masse, de ramer à contre-courant, même de rejeter certains choix qui sont faits par l’ensemble. Rejeter, non pas les personnes, ce ne serait pas évangélique, mais ce qui –comme disent la Parole de Dieu- contrit l’Esprit. On comprend qu’un profond discernement est nécessaire dans une culture où tant de choix sont à notre portée. Mais je ne suis en rien obligé d’accepter la pression sociale et d’adopter en bloc la culture ambiante si, avec un sain esprit critique, et avec une conscience droite nourrie par mon lien avec le Seigneur, j’y décèle des dangers pour ma foi et mon âme, mon bonheur, ma santé globale –et celle des autres. Je demande d’être respecté dans ma différence, comme je le fais moi-même pour mon prochain. Au final, bien certainement, la valeur évangélique ultime, c’est l’Amour. Mais l’Amour ne signifie certainement pas choisir la voie la plus facile, le plus petit dénominateur commun, sans réflexion, superficiellement, aveuglément. Nous avons été dotés d’intelligence et de volonté par le Créateur. Nous sommes appelés à nous en servir sérieusement. Cela a des impacts ici-bas et pour l’éternité.
Voilà un sujet qui n’a pas fini de faire couler l’encre. Je résume beaucoup, ici. Je ne veux pas ainsi déclencher de malaises parmi vous mais simplement susciter la réflexion. Je voulais évoquer quelques éléments à approfondir, au sein de ce système de ‘droit’ qui a ses forces et ses beautés, mais aussi ses limites, et doit laisser place à la saine dissidence, appelée à se vivre dans la tolérance et la non-violence. Que Dieu nous protège et nous éclaire.