La vie chrétienne et spirituelle appelle la croissance, possible si on l’entretient, y investit du temps et des efforts et la nourrit, sinon elle s’assèche, flétrit, se meure. Jésus parlait souvent de l’importance de porter du fruit. Cela n’est possible que si l’arbre ou la vigne est en santé grâce aux bons soins qu’on lui procure, la taille régulière, l’ajout d’engrais. De même pour la vie religieuse.

La pratique proposée par l’Église catholique veut contribuer à la santé de la vie spirituelle. Les sacrements, les rites, les symboles proposés sont des outils pour soutenir une véritable spiritualité vibrante, intense, fructueuse, rayonnante. Ceux qui en vivent savent à quel point cela peut s’avérer comblant et devenir une force d’épanouissement personnel et collectif !

Le grand danger, par contre, quand on parle de rituels, nommément ceux de la foi catholique, c’est qu’il deviennent des automatismes… Ma mère me disait qu’elle ne pouvait dire son credo lentement parce qu’elle s’y perdait. En fait, elle ne pouvait le dire qu’à haute vitesse et sans penser à ce qu’elle disait. Elle et moi avons souvent eu de ‘franches’ discussions à ce sujet. Dans la religion (toute religion, d’ailleurs) il y a le danger qu’on répète parfaitement les formules et gestes appris, et que le cœur n’y soit plus vraiment. Croyez-vous que c’est ce que désire le Seigneur ? On lit, dans Matthieu 15, 7-8 :  « Hypocrites, Isaïe a bien prophétisé sur vous, quand il a dit: Ce peuple m’honore des lèvres, Mais son coeur est loin de moi ! » –Jésus. Évidemment, on ne parle pas d’occasionnelles distractions toujours possibles pendant nos temps de prière, et normales.

Combien ont quitté l’Église catholique à cause de liturgies dans lesquelles on ne sentait plus d’âme. Combien de prêtres, pris dans la routine, ont présidé des célébrations comme s’ils étaient quasiment devenus des ‘robots liturgiques’… ? À certaines périodes de la vie en Église, peut-être confondions-nous ‘rituel’ et formule magique, comme si de prononcer les ‘bons mots’ déclenchait un effet quelconque dans le monde divin. Jésus a vertement condamné ce qu’il appelait le ‘rabâchage’, l’accumulation de paroles qui visait à faire fléchir la volonté de Dieu en notre faveur… Non, disait le Christ : « Il ne suffit pas de dire ‘Seigneur, Seigneur’….» L’essentiel c’est le lien, la relation constamment recherchée, active, nourrie, entretenue, avec Dieu comme être personnel et intime compagnon de vie, et l’ouverture à l’action de son Esprit en nous.

Quel contre-témoignage qu’une prière ‘vide’ d’amour et d’attention réelle à l’Autre. En fait, la prière se veut d’abord écoute. Je préside au moins sept eucharisties publiques par semaine (et souvent plus, si on ajoute les messes de funérailles, de mariage, dans les résidences, etc.) et je demande à Dieu que jamais mes paroles et mes gestes soient déconnectés d’avec mon cœur et mon âme de disciple. Je demande la Grâce que tout rituel (et il en faut, c’est sécurisant et concret), dans les sacrements dont je suis le ministre, soient vécus comme une expression authentique de mon amour pour Dieu et ses enfants ; que mes gestes et paroles reliées au culte –et répétées tant de fois- soient toujours ancrés dans mon don total à Dieu et puissent devenir de spacieux chemins de rencontre entre le Seigneur et vous, jamais un obstacle, une cause de distraction ou de mécontentement. C’est pourquoi, régulièrement, je sors du texte officiel pour me forcer à rester bien ‘éveillé’. Je ne veux pas m’ennuyer ! Ce serait sans doute le cas pour vous aussi !

-Votre ami et frère pasteur, Jean-Pierre