C’était une insulte que nous lancions, quand j’étais jeune, à quelqu’un dont on trouvait qu’il avait l’air bête! Ça pouvait décrire aussi quelqu’un qui ‘n’a pas de façon’, pour reprendre une expression populaire. Le Carême serait-il un temps de l’année ‘drabe’ et ennuyeux? Une période perçue avec négativité? Pour certains, peut-être.

Il est possible que nous comprenions la période préparatoire à la plus grande fête chrétienne surtout comme un temps de ‘Ne pas…’ Ne pas manger de sucreries. Ne pas fumer. Ne pas s’offrir son petit verre de vin quotidien. Ne pas regarder la télévision, ne pas se gâter, ne pas… je ne sais quoi. Ou, en tout cas, réduire les plaisirs de la vie. Pourquoi?

Certainement que le Carême a le sens d’un ’40 jours au désert’, à l’exemple de Jésus qui a fait une retraite fermée avant d’entreprendre sa mission, et le désert, ce n’est pas jojo : jeûne, privation, dangers, extrêmes de températures… Alors, on choisit de vivre notre ‘40 jours’ à la dure. On nous a appris à faire des sacrifices pour préparer notre âme à Pâques. Et honnêtement, je n’ai rien contre ça, l’Église non plus. Pour moi, la notion de sacrifice ne fait pas problème. On parle toujours, avec raison, du sacrifice de Jésus sur la Croix. Le sacrifice alors se veut d’abord un acte d’amour. Il ne s’agit donc pas seulement de ‘ne pas…’ mais de choisir un renoncement par amour pour le Seigneur, en vue d’un bien supérieur et pour exprimer à Dieu qu’il est plus important dans ma vie que toutes mes faims, mes soifs, mes désirs. En fait, j’affirme surtout qu’il peut, à lui seul, combler toutes ces faims, ces soifs, ces besoins, ces désirs que je porte. Et qu’il est premier en tout dans ma vie. Voilà le sens du sacrifice que je choisis pour vivre mon Carême en communion intime et étroite avec le Seigneur. Mon sacrifice peut aussi amener un partage. Au lieu, par exemple, d’aller au resto toutes les semaines, j’en saute un pour offrir l’argent que j’aurais dépensé à une cause qui me tient à cœur (comme Développement & Paix, p.ex.). Ou je me prive d’un café, de temps en temps, pour en offrir la valeur à une œuvre. Tout cela est aussi très accessible aux enfants. Puissions-nous les guider dans cette démarche en insistant sur le fait que l’idée n’est pas de nous faire mal pour faire plaisir à Dieu, mais de se priver pour exprimer notre amour et faire du bien à quelqu’un.

Personnellement, étant une personne assez volontaire de tempérament, j’aime aussi l’idée de maîtriser mes appétits en vue d’une maturité plus grande, humainement et spirituellement. Dans ce cas, j’en retire une satisfaction personnelle non négligeable. Attention toutefois à l’orgueil qui nous guette toujours au tournant. L’idée première n’est pas de ‘se pêter les bretelles’ de nos exploits sacrificiels, mais de reconnaître la Grâce de Dieu toujours première dans la croissance de notre être et à laquelle nous voulons simplement laisser le champ libre d’agir. Nous ne sommes, par nos choix, que des facilitateurs de l’œuvre divine qui veut s’accomplir en nous et dans le monde.

Évidemment, comme le dit clairement la Parole de Dieu, si le jeûne et les sacrifices nous rendent bougons ou agressifs, la cible est manquée et nous devons choisir une autre approche pour notre Carême. La charité doit toujours être première, ne l’oublions pas.

J’aime vraiment le Carême! J’aime ce temps intensif de spiritualité, dépouillé de clinquant, intériorisant, priant. J’aime toutes les occasions qui nous sont offertes jusqu’à Pâques pour nous évangéliser et nous rapprocher du Seigneur, notre roc, notre forteresse, notre bonheur, notre vie abondante et éternelle. Je veux dès maintenant adopter ma ‘face de Carême’ et je vous invite à le faire! Mais ce ne sera pas quelque chose de triste, de morne, de ténébreux. Au contraire : ma face de Carême, c’est un visage souriant, lumineux, ouvert et accueillant. C’est, comme quand Moïse descendait du Sinaï, un visage rayonnant et reflétant celui qui habite mon cœur en profondeur, et ce, davantage chaque jour. Joyeux Carême!