Je n’en reviens pas moi-même. Je suis arrivé ici lorsque j’étais quadragénaire, et je suis maintenant sexagénaire! J’avais 48 ans lors de mon début de mission ici comme curé, et j’en ai maintenant 61! Dans mon corps, je sens la différence; nonobstant ce que mes paroissiens me disent souvent (pour me taquiner), je ne me sens pas aussi jeune que ça… Dans ma tête et mon cœur, ça va, quoique ça dépend des jours. Il arrive que la fatigue mentale et émotionnelle se manifeste un peu. Alors je dois commencer à ‘rationaliser’ mes ressources, comme on dit dans le milieu des affaires. Du fait que ma santé a requis mon attention durant environ les 18 mois derniers –et encore aujourd’hui—je dois faire des choix et prioriser plus que je le faisais auparavant. Est-ce ce qu’on appelle la ‘sagesse’? Je pense que oui. Et on sait que la ‘sagesse’ constitue un des sept dons de l’Esprit Saint.
C’est curieux, comme dynamique. Je suis pas mal sous la moyenne d’âge, en ce qui concerne le clergé de Montréal, mais en même temps il ne faut pas oublier que j’aurai bientôt 30 ans de prêtrise derrière la cravate… enfin… derrière l’aube et l’étole, je devrais dire. Et il y a plus de trois décennies, j’entrais au service de l’Église à temps plein, comme stagiaire. 61 ans d’âge, 34 ans d’engagement… Pour plusieurs, dans le domaine civil, ça sonnerait l’heure de la retraite, ou presque. Pourtant, j’ai l’impression que pour certains, je suis encore un ‘jeune’ prêtre, pratiquement un ‘débutant’! Un visiteur me disait à la blague, récemment, lors d’un baptême : ‘Lâchez pas! Vous commencez à l’avoir!’ Ouais…
Durant l’été, je songeais à mon parcours : à 15 ans, j’étais déjà engagé dans le comité de liturgie de ma paroisse et je commençais à y jouer de l’orgue. Cela fait donc 46 ans que je connais de l’intérieur ce qui se vit dans une paroisse et que j’y contribue assidument. C’est tout un bail. Surtout à notre époque où, en Église, on a souvent l’impression de marcher à contre-courant et de ‘prêcher’ dans le désert (en-dehors du cercle des pratiquants réguliers, s’entend). J’en parlerai dans un prochain blogue intitulé ‘le tournis missionnaire’. Il me semble que je n’ai toujours connu que changements après changements, et que les fruits de mon ministère ne sautent pas toujours aux yeux.
Heureusement, au cœur de mon vécu actuel d’homme d’âge mûr, une réalité me semble plus intense et vivante que jamais : ma foi au Christ. Je ne pratique pas une religion, je ne suis pas un ‘fonctionnaire’ du culte : je vis d’abord et avant tout une histoire d’amour avec Dieu (et, par extension, sa famille Église). Une relation qui ne cesse de s’enrichir et de se développer. Une ‘alliance’ qui fait du Seigneur et moi des ‘alliés’ indéfectibles. C’est ma joie. Comment se vivra mon avenir à partir de ce que je suis, avec les contraintes –naturelles- que sont devenues les miennes, avec l’usure du temps? Dieu seul le sait. J’ai toujours vécu à 150 km à l’heure. Jeune adulte, et depuis plusieurs années, je faisais du 7 jours/semaine d’étude, de travail, d’engagements ecclésiaux et sociaux. Je me suis ‘battu’ pour de nombreuses causes. Je ne suis pas du genre passif, disons. Aujourd’hui, je dois reprendre un peu mon souffle, tout en demeurant actif. En cette saison 2018-19, je serai plus que jamais attentif à la voix de mon Dieu et au ‘comment’ il désire que je vive la suite.