Il y a ceux qui nous ont quittés pour un monde meilleur. Une moyenne de 15 funérailles dans notre église, chaque année, depuis 13 ans que je suis ici; sans compter les personnes décédées dont on n’a pas nécessairement été avertis ou qui n’ont pas eu leurs funérailles ici… Beaucoup de monde… Dur pour un cœur de pasteur.
Il y a ceux qui ont déménagé, souvent parce qu’ils quittaient leur logement ou vendaient leur propriété dans la paroisse en raison de leur âge, leur santé, et autres raisons. Souffrant aussi pour un cœur de pasteur.
Mais le plus douloureux, c’est lorsque, du jour au lendemain, des gens qui pratiquaient ici très régulièrement disparaissent du décor sans qu’on sache pourquoi. Pour un cœur de pasteur-père, sensible, voilà ce que ça donne comme questionnement : ‘Qu’est-ce que j’ai fait?’ ou ‘Qu’est-ce que je n’ai pas fait?’. J’ai peut-être blessé par des paroles… ou des silences? (Comme dit la chanson ‘Je n’suis qu’un homme, rien qu’un pauvre homme’…) Y a-t-il eu malentendu? Les personnes ont trouvé mieux ailleurs? Plus intéressant? Plus jeune? Plus ‘cool’? De la nouveauté attirante, alors qu’après tant d’années, le ‘vieux’ curé radote toujours les mêmes dadas ici? Ils n’aiment pas mon style, mon approche, mes homélies, ma vision pastorale, mon genre décontracté, ma voix chantée ou parlée? Quoi alors?!
On me dira : ne prends pas ça personnel. Ce n’est pas nécessairement relié à toi. Peut-être. Mais j’aurais aimé savoir. J’aurais aimé qu’il y ait au moins un ‘au revoir’.
Certains chercheront un lieu plus anonyme où ils ne risquent pas de se faire demander un service ponctuel ou du bénévolat plus impliquant. Ça se peut. Mais ils n’ont qu’à me dire ‘non’, tout simplement, si je –ou un autre membre de la communauté (voyez-vous mon choix spontané de mots : ‘membre’, ‘communauté’…?) – les approche pour quelque chose du genre. N’ayez crainte, je ne suis pas ‘fripant’. Un ‘non’ est toujours recevable, et sans argumentation et justification à n’en plus finir.
L’histoire c’est que je ne vis pas mon rôle de pasteur comme si j’étais gérant d’une succursale de magasin au détail (attention, je n’ai rien contre les gérants de magasin ou de restaurant, mais chacun sa vocation…), ou comme si j’offrais un produit ‘à la carte’. Dans le commerce, les gens vont et viennent, ils consomment où c’est le plus avantageux, ils essaient ailleurs, pour voir, et ils choisissent habituellement le plus offrant au moindre coût. Tout à fait normal. Mais dans une communauté chrétienne, cette mentalité va un peu, il me semble, contre le sens de la ‘famille’ que nous sommes sensé être. Mais, moi, que voulez-vous, je suis de la vieille école : je crée des liens. Je m’attache. Quand quelqu’un cesse, sans donner de raison, de fréquenter son église et que je sais qu’il est par ailleurs bien vivant, je vis un deuil. Voilà. C’est dit.
Ne craignez pas, je vais m’en remettre. Mais si par hasard mon petit billet d’aujourd’hui peut interpeller quelqu’un, et contribuer à clarifier des situations, tant mieux.
Et si vous trouvez qu’il y a des projets et des services qu’on pourrait offrir de plus, ou mieux, que vous êtes peut-être obligés d’aller chercher ailleurs qu’ici, merci de prendre le temps de nous communiquer vos bonnes suggestions et inspirations; nous verrons ce qui est possible. En Église, on sème et on croît! –Votre pasteur qui vous aime.